"Il faut convaincre de nouveaux acteurs de participer à notre aventure"

Message d'Alain Madelin, Président du Fonds mondial de Solidarité Numérique

Agir pour la solidarité numérique

D'un bout à l'autre de la planète la civilisation numérique s'installe et se développe. Pourtant les pays les plus pauvres, pour lesquels les technologies de l'information et de la communication, l'accès au réseau mondial des connaissances constituent un précieux levier de développement, restent à la traîne. C'est pourquoi un énorme effort d'infrastructures et d'équipements est nécessaire pour éviter que le fossé numérique ne se creuse.

Certes, les progrès technologiques et les réductions de coûts vont contribuer à réduire cette fracture et permettre à des pays engagés plus tardivement dans la révolution numérique de bénéficier de l'expérimentation et des avancées des pays les plus riches de rattraper leur retard, (en passant par exemple directement à l'ordinateur low cost ou au Wimax). Mais la révolution numérique n'est pas qu'affaire d'infrastructures ou d'équipements. Elle est aussi culture et échange, familiarisation du plus grand nombre aux usages des technologies de l'information, développement d'usages adaptés aux problèmes, aux besoins et aux particularités de sociétés différentes. La solidarité numérique est nécessaire.
 

Pour permettre sans attendre aux populations des pays les plus pauvres d'accéder à la connaissance universelle, de partager la culture et la pratique du numérique, le Président de la république du Sénégal, Maître Abdoulaye Wade, a proposé au Sommet Mondial sur la Société de l'Information, à Genève, en décembre 2003, la création du Fonds mondial de Solidarité Numérique (FSN). Créé officiellement en mars 2005, le FSN se veut un outil concret et innovant au service des engagements ambitieux pris par la communauté internationale pour résorber les retards et combler progressivement le fossé numérique. Il entend rassembler, faire interagir les différents acteurs qui doivent être impliqués dans la lutte contre la fracture numérique, à savoir des Etats, des collectivités locales, des représentants du secteur privé et des organisations non gouvernementales.

Avec le FSN, la communauté internationale a fait le pari d'un mécanisme financier innovant pour promouvoir un monde plus équitable : le principe d'une contribution de « 1% de solidarité numérique », adopté à Genève. Il consiste à introduire dans tous les marchés ayant pour objet la fourniture de matériel informatique une clause de souscription volontaire dans lequel le vendeur de matériel informatique accepte de verser une contribution de 1 % au FSN. 

C'est ainsi qu'au travers d'un mécanisme de financement qui reste à développer et à consolider, le FSN peut soutenir des projets locaux visant à développer la culture numérique et ses usages au niveau international.

Au cours des prochaines années, les chantiers qui nous attendent seront nombreux. J'en vois trois majeurs : 

Il nous faut d'abord convaincre de nouveaux acteurs de participer à cette aventure. La force du FSN est d'avoir réussi à promouvoir l'idée du « 1 % de solidarité numérique » dans les enceintes internationales et d'engranger des manifestations de sympathie et de soutien. Son défi est la difficulté de transformer cette sympathie de principe en engagements de financement concrets. Une démarche proactive, vis-à-vis en particulier des entreprises, doit être mise en oeuvre dès 2008 pour affiner l'approche et la promouvoir, en profitant notamment des grandes rencontres internationales.

Il nous faut ensuite afficher clairement les domaines prioritaires d'action. L'environnement technique, commercial et politique a considérablement évolué au cours des dernières années. Ceci a transformé les conditions de marché, notamment pour la téléphonie mobile. Les membres du fonds et ses partenaires doivent en tirer les conséquences et identifier les domaines où son action aura le plus grand effet de levier. Dans ce contexte, l'accent pourrait être mis notamment sur l'accès haut débit dans les zones les plus défavorisées, qui relève d'un effort de service universel en raison de sa faible viabilité commerciale et de sa grande utilité sociale, par exemple pour des applications éducatives ou de santé.

Il nous faut enfin interagir plus étroitement avec les autres institutions financières. Le Fonds n'est pas un acteur isolé. A son financement original doit correspondre un rôle également innovant de catalyseur, pour encourager les partenariats entre acteurs publics et privés et faire évoluer la perception des risques et des retours sur investissements. Trop souvent, les entreprises craignent d'investir dans des zones qui leur paraissent peu rentables ou trop risquées. Je suis convaincu que des solutions novatrices, notamment sous la forme de garanties, permettraient de surmonter ces obstacles et pourraient être expérimentées par le Fonds. 

Sur le plan opérationnel, en 2008, le FSN s'est donné deux priorités d'action tournées vers la santé et l'éducation.

  • Le FSN entend en effet promouvoir en direction des collectivités locales des pays les plus développés la participation à des actions de solidarité numérique concrète au travers du programme « 1000 unités de télémédecine pour l'Afrique ».
    Il s'agit d'offrir aux villes et aux collectivités locales du nord la possibilité de prises en charge d'unité de télémédecine fixes ou mobiles en mobilisant leurs médecins et leurs hôpitaux pour apporter leurs compétences à des réseaux de télédiagnostic.
  • Le FSN entend également contribuer à développer le numérique éducatif. Il ne s'agit pas seulement de favoriser les initiatives visant à équiper les élèves d'ordinateurs. Il s'agit prioritairement de mettre les ressources numériques éducatives - élaborées aujourd'hui sur une large échelle dans les pays les plus riches - à la disposition des enseignants des pays les plus pauvres. L'instrument privilégié de cette éducation numérique est le tableau blanc interactif. Véritable écran d'ordinateur projeté sur un tableau, il permet à l'enseignant de mettre en oeuvre les contenus numériques les plus innovants aujourd'hui produits dans le monde. C'est pourquoi Le FSN, entend initier et participer à des programmes de diffusion de tableaux blancs interactifs ainsi qu'à la mise en oeuvre de base de données permettant de regrouper des ressources éducatives numériques et de créer des communautés enseignantes pour les mettre en oeuvre, les adapter et produire de nouvelles ressources.

De tels projets permettent la mise en oeuvre d'une solidarité numérique concrète favorisant la diffusion et l'appropriation d'outils numériques au bénéfice évident dans les domaines prioritaires de la santé ou de l'éducation. Ils permettent aussi de développer une « solidarité par le numérique » en favorisant l'échange de compétences et d'expériences. 

Alain Madelin
Président du Fonds mondial de Solidarité Numérique

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